Samedi 11 avril 2015 à 17:55

Tout à l’heure je marchais au soleil chaud du boulevard,

sale et brut et suffoquant, et je pensais à toi,

qui suffoque, qui perd pied, 

j’ai perdu le talon gauche de ma chaussure,

Je claudique un peu, 

En marchant, et je pense à ton cerveau qui boîte, lui aussi,

de temps en temps,

Où vas tu mon repère, mon point d’ancrage,

sommes nous écrivains, poètes amis, ou juste,

miroirs de nos espérances ?

Viens à Bruges, à Berlin,

Je te suivrai comme tu t’en doutes,

comme nous nous faisons exister,

J’ai peur de pleurer ton corps couvert de cicatrices,

Ton humour grinçant,

L’affection que je te portes, Meaulnes,

L’affection que je te dois,

Quand tu m’as accueilli, couvert de haine,

comme tu n’as rien dit, juste,

fais état de ta grande carcasse malhabile,

toi qui savait, qui revenait de plus loin encore,

toi qui savait qu’il ne fallait rien dire,

abonder en mon sens,

attendre que j’arrête de trembler,

et fumer une cigarette,

Anaëlle est partie,

La haine revient, parfois, dans le gâchis de mes souvenirs,

Une amante dont j’ai oublié les contours,

Je suis comme un enfant calme, maintenant,

mais ne meurs pas,

n’arrête pas d’écrire, 

Je suis poète parfois et toi tu n’es rien d’autre,

Viens à Bruges, à Berlin,

écris, comparons nos poèmes,

Il n’y a plus de masure, sous les toits, plus assez d’alcool,

On peut guérir, je crois.

La tonalité fausse du métro, je lève les yeux pour t’attendre, 

Je t’attendais depuis longtemps déjà, 

Ramène ton grand corps d’écorché plein d’amour.

Jeudi 8 mai 2014 à 16:31

 Tu marchais hier, devant moi,
pleine de tout ce qui fait que je te regarde,
insoumise quand il faut,
suppliante, aussi, ça nous est arrivé,
tout nous est arrivé,
le bonheur des jours vides,
le bonheur des jours creux
inutiles aux yeux de tous,
perdus pour la majorité,
comme un secret pour nous,
comme une pâtisserie,
rester au lit et se chercher sous les couvertures,
et comme je t'attrape, tu te rends, 
tu ne te cachais pas si bien que ça,
les saules, les bruits d'orgue,
moi qui marche lentement dans les églises,
les clopes bras dessus bras dessous, 
j'ai rêvé que tu étais peintre, 
ou juste magnifique des fois 
dans les lumières du dimanche,
J'ai rêvé qu'on s'endormait épuisés, 
la sueur jusque dans nos yeux,
les mains sales et heureuses,
Quand reviens tu et où dois je te chercher,
Est-ce qu'on s'éteindra doucement, 
comme deux vieilles bougies laissées sur une table,
comme des tableaux d'une autre époque
que personne ne regarde plus ?
J'ai peur de l'oubli, des greniers, si je meurs,
si je meurs, qui te regardera ?
Les angoisses simples, pas besoin d'écrire beaucoup,
longtemps,
Ça colle toujours aux doigts, aux tempes,
Crever sans avoir pu t'écrire,
T'inventer,
C'est beaucoup mieux, là, dans les livres,
Le reste, dehors, là-bas,
ça ne vaut pas souvent le coup,
Mais quand ça le vaut, alors, alors,
ça explose, comme si trop longtemps tout avait été gris,
des couleurs, des couleurs partout,
cinq secondes, et puis tout s'éteint,
si tu n'étais pas là, c'est trop tard.
C'est mieux dans les livres, je crois,
Ou alors ne vis-je simplement pas,
comme il faudrait pour tout avoir,
Je crois que je ne saurai jamais, 
ou trop tard, assied-toi, en attendant, ouvre les yeux, et essaye de comprendre,
d'où viennent tes tâches de rousseur,
Je crois qu'avec toute cette violence,
cette horreur sourde,
qui dégouline, partout, 
et l'effroi banal, la terreur rentrée,
les gens qui sèchent sur pieds, 
tout autour et tous mort-nés,
Elles nous regardent, leurs vieilles rêveries,
leurs vieilles espérances,
elles nous contemplent, et elles ne sourient pas,
juste,
elles nous regardent, et elles laissent faire le temps,
avec tout ça,
je m'en contenterai bien, simplement,
de tes tâches de rousseur,
Je les compteraient peut-être, 
je les mangeraient, 
Et si je te dévore, le lendemain,
M'auras-tu pardonné ? 
Et si on se passe à côté, tu m'en voudras ?
Ce sera trop tard, mais je remarquerai quand même,
ta robe,
ton sourire jusque dans tes yeux,
Et tes dents qui hurlent après mon sexe.

Dimanche 17 mars 2013 à 1:29

 

Elle lui revenait encore, en rêve, parfois sans qu'il y ait pensé, et parfois sans qu'il ait pu lutter contre sa présence dans son avant-sommeil. Sa présence était toujours chaleureuse, maternelle, et dotée d'une aura lumineuse qui la rendait irréelle. Au réveil, il ne pouvait s'empêcher de penser que c'était ce qu'elle était devenue, dorénavant. Irréelle. Il s'interdisait de penser à elle le jour, et elle s'invitait, lancinante et trompeuse, dans ses rêves : elle lui disait que c'était permis, qu'il n'y avait rien à craindre, ou elle semblait perdue, confuse, et il fallait alors qu'il soit un homme, qu'il la rassure, la prenne dans ses bras. Elle avait besoin de lui, semblait-il, elle était perdue sans lui. Ces rêves là étaient les plus violents, les plus brutaux au réveil, et ils lui laissaient le ventre tordu et la bile amère. En ouvrant les yeux, il réalisait que son subconscient le mettait encore face à ses souvenirs, et il comprenait la brusque réalité, comme une gifle, qui était qu'elle n'était ni confuse, ni perdue, et qu'il n'avait besoin de rassurer personne.

C'était l'imaginaire de ces héros d'enfance qui lui avait donné ce goût de la protection, et maintenant c'était comme un coup de poignard dans le dos, le matin. Lui n'était pas souvent présent, souvent mentionné, ou craint sans que cela ne le retienne jamais, et par une étrange alchimie, il lui arrivait parfois de ne voir que son ancien ami, et c'était là le pire à vivre : car il lui avait pardonné, et ils reprenaient leurs activités ancienne, et toute cette étrange complicité qui lie deux êtres humains, les situations connues d'eux seuls, cette fois ou ivres, ils s'étaient déshabillés pour courir nus dans un champ, enfants, à la lueur de leurs torches de jonglage, tout ceci lui revenait alors, et il n'y avait plus de trahison, plus de culpabilité, il n'y avait que l'amitié éternelle, celle qui ne se forme qu'aux abords de l'âge adulte, lorsque l'on n'a pas encore assez vécu pour comprendre que l'ont se ment déjà, mais juste assez pour avoir goûté à l'immortalité trompeuse de l'âge. 

Parfois enfin, les rêves ne suffisaient plus, et alors ils pensaient à eux en plein jour. Certains endroits, comme une cartographie de sensations, le rappelaient immanquablement à elle, ou à lui. Il s'interdisait de penser à elle, et espérait toujours stupidement la croiser dans un train. Avec le temps, il avait arrêté de les arpenter à sa recherche, et il restait maintenant assis, les yeux dans le vide, à sa place, sans comprendre vraiment comment il en était arrivé là. Il aurait aimé la revoir, mais aujourd'hui, il ne savait plus ce qu'il aurait bien pu lui dire. Les jours défilaient, le compteur tournait, il ne fallait surtout plus jamais le remettre à zéro, et elle le savait tout aussi bien que lui, ce souvenir qui venait jusque dans ses rêves, et qui le regardait, sans rien dire, toujours aussi attirante et damnée. Peut-être encore étais-je moi-même devenu un fantôme de son inconscient. Elle ne dirait rien, et il le fallait. 

La revoir, au hasard d'un événement inévitable : Préparés ou non, ce serait le choc violent de deux pans de vie abandonnés qui se rencontrent. Il y a un trouble évident à regarder la branche d'un futur possible qui a séché sur pied.

Parfois je me plais à imaginer les mots que nous pourrions nous adresser l'un à l'autre dans ce genre de situations. Mais souvent rien ne me vient, et les polichinelles qui jouent dans ma tête sont soudain privés de parole, désarticulés, condamnés à se regarder l'un et l'autre, condamnés à chercher dans les yeux de l'autre une solution qui n'a jamais existé. Il ne reste alors plus que l'oubli, la distance, le temps. Et la complaisance, l'horrible complaisance, la facilité lorsque l'on fait durer un regard, lorsque l'on prolonge une nuit qui aurait dû s'achever plus tôt, lorsque l'on se vide, étouffés d'horreur, et qu'on reste crispé, étendu sur un lit aux draps froissés et sales, à contempler le terrible gouffre au fond duquel on est tombé. Il faudra encore beaucoup de temps pour que tout s'arrête, que même mon inconscient abdique, enfin. Il faudra encore beaucoup de temps pour qu'il puisse sourire en me voyant, comme lorsque l'on voit revenir un vieil ami. Il faudra sans doute encore plus de temps pour que la stricte vérité de ma dépendance, de ma complaisance et de ma faiblesse ne m'évoque autre chose que la simple haine que je me voue dans ces moments là. Combien d'années pour ce genre de brûlures au creux du ventre ? Combien d'années pour que tu disparaisses ? Combien d'années pour récupérer un ami vieux de huit ans ? Il ne faudra sans doute jamais la revoir. Jamais la revoir. 

Jeudi 27 décembre 2012 à 17:27

 

Voilà,

un poème pour rien,

rien du tout, à peine,

l'ombre de ce que je ressens,

lorsque je pense à toi,

rien du tout,

rien d'autre,

qu'une vague amertume,

et la nostalgie sourde,

des jours qui sont passés,

Rien, en somme,

Rien qui m'éveille,

Rien qui me réconforte,

le vide,

comme le vide,

lorsque je m'écroulais,

hier, en plein métro,

trop de drogue, 

sans aucune raison.

 

Le grand Jérôme,

la barbe souriante,

m'assure que ça passera.

Samedi 18 août 2012 à 0:51

     "I don't know what happened, we seemed so happy on the pictures."


Il avait commencé à perdre tellement de poids qu'il se demanda ce qu'il arriverait si il en finissait par disparaître. Il avait mis peut-être cinq bonnes minutes à retrouver son sourire, ses yeux. C'était perdu à jamais. Il ne pouvait pas fumer, l'enfant tranquille dormait paisiblement à quelques mètres de lui. Il faisait trop chaud pour s'appesantir, et l'été filait, lumineux, plein de promesses intenables et de soirées réussies. Serre-moi fort le coeur.

Il ne restait plus qu'à composer vite et bien, pour le plaisir de quand ça sonne. C'était plus une question scientifique, dorénavant, comme quelque chose qui démange sans qu'on comprenne vraiment pourquoi : Qui était donc cette étrangère qu'il avait tant aimé ?

 

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